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Interdire la spéculation bancaire sur les matières premières agricoles

Interdisons la spéculation bancaire sur les matières premières agricoles tant que durera le conflit Russo-Ukrainien.

Aussitôt signées les négociations commerciales s’étaient achevées par la signature d’un contrat, le 1er mars, entre producteurs, transformateurs et distributeurs.
Avec l’obligation par la loi dite EGALIM 2* de tenir compte des coûts pour les producteurs, afin de leur garantir un revenu décent. Face à la menace de flambée des prix le premier ministre a actionné le 16 mars dernier, en toute hâte, les « clauses de renégociation » prévues par ladite loi.

Si des ajustements en matière de prix sont nécessaires il n’en reste pas moins que les choses ne sont pas si simple. En effet, on spécule déjà sur le blé Ukrainien et Russe qui n’est pas encore sorti de terre. On ne tient pas du tout compte des stocks que certains protègent avidement comme des coffres forts.
En effet dans un pays comme la France où les coopératives agricoles représentent à elles seules 45 % de l’agroalimentaire français on est très circonspect de voir les chiffons rouges s’agiter aussi rapidement sur les dangers d’une pénurie et de la nécessité de réévaluer les prix aussi rapidement, pour les céréales notamment.
Si la France est aujourd’hui capable de s’auto-suffire, elle n’est pas un marché très intéressant pour le business. En effet, c’est la demande internationale qui booste tout ce joli monde et les yeux sont rivés, tous les jours, sur la bourse de « Chicago » qui fait la pluie et le beau temps sur les cours du blé.
Si la France est avant tout une exportatrice de céréales elle devrait néanmoins faire face à un relèvement du coût des engrais et des énergies notamment si le conflit Ukrainien devait durer.
Mais aujourd’hui il n’y a pas de pénurie réelle sur la plupart des produits. Elle est surtout en train de s’organiser autour des fonds spéculatifs et autres boursicoteurs. Les seuls qui peuvent être perdants à terme se sont les producteurs de lait et de viandes qui ne pourront pas répercuter leurs prix au-delà d’un certain seuil et les consommateurs qui dans leur grande majorité, n’ont pas vu leur pouvoir d’achat s’améliorer significativement.
Les grands producteurs céréaliers comme ceux de la Beauce risquent d’être très sensibles à cette renégociation « salvatrice » avec les transformateurs et distributeurs. Le consommateur beaucoup moins puisque c’est sur son dos et finalement on nous dira avec des sanglots dans la voix : « On n’y peut rien…. »
Aujourd’hui nous avons besoin de mesures fortes pour mettre fin à cette injustice qu’est la spéculation sur les matières premières agricoles.
En France, les prix agricoles à la production ont augmenté de 26,8 % de mars 2021 à mars 2022, contre 14,5 % entre février 2021 et février 2022. Cette hausse est totalement inédite sachant que la plus forte augmentation en un an avait eu lieu en mars 2008, avec notamment la crise dite des « subprimes » et la faillite de nombreuses banques dont « Lehman Brothers ».
En mars, le prix des céréales s’est envolé de 68,6 % et celui des oléagineux de 70,8 % par rapport au même mois de l’année précédente.
Théoriquement la loi française de séparation et de régulation des activités du 18 juillet 2013 interdit la spéculation sur les marchés des activités bancaires sur les marchés dérivés de matière première agricole.
La loi obligeant les banques à limiter leurs positions sur les matières premières agricoles et à soumettre quotidiennement le détail de leurs positions tenues auprès de l’autorité des marchés financiers (AMF). Les banques n’ont plus le droit de constituer des stocks physiques de matières premières agricoles. Elles se doivent d’indiquer, dans leur rapport annuel, les moyens mis en œuvre pour éviter d’exercer un effet significatif sur le cours des matières premières agricoles.
Malheureusement le réseau bancaire français propose toujours des produits de placement spéculant sur les matières premières agricoles. L’ONG OXFAM avait déjà alerté en 2015 sur cette situation inadmissible qui amplifie les conséquences des famines à travers le monde.
Les deux plus gros pays producteurs de céréales en Europe se déchirent depuis près de 70 jours et les approvisionnements notamment en Oléagineux sont quasiment à l’arrêt.
Le traumatisme d’une guerre ne doit pas entraîner un autre traumatisme celui d’une crise alimentaire mondiale.
L’Union Européenne et ses partenaires doivent prendre des mesures fortes pour empêcher l’installation d’une bulle spéculative sur les matières premières agricoles et ses dérivés.

Il faut mettre en place un encadrement des prix des matières premières agricoles
Interdire la spéculation sur ces mêmes céréales et un strict encadrement de la méthanisation avec interdiction d’utiliser la matière noble

Répartition de la valeur ajoutée sur 100 euros d’achat alimentaire en France.
Source : FranceAgriMer (2020) Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires. L’euro alimentaire.

*Le 18 octobre 2021, la loi Egalim 2 est promulguée et paraît dès le lendemain au Journal officiel. La profession agricole ne trouve pas satisfaction dans l’application de sa « petite sœur », la loi Egalim du 30 octobre 2018, issue des États généraux de l’alimentation, qui avait notamment encadré les promotions et relevé le seuil de revente à perte des produits agricoles au sein de la chaîne de distribution. « Nous faisons face à trop de contournements de la loi Egalim, il nous faut la renforcer afin que s’organise un système où la valeur doit revenir, pour une juste part, à celles et ceux qui produisent, commercialisent et distribuent », concordent à dire les professionnels. La loi Egalim 2 prévoit qu’entre un agriculteur et son premier acheteur, les contrats écrits pluriannuels (trois ans minimum) deviennent la norme et comportent une formule de révision automatique des prix, se basant sur « un ou plusieurs indicateurs relatifs aux coûts pertinents de production en agriculture et à l’évolution de ces coûts ». Cette obligation s’appliquera au plus tard début 2023, et plus tôt pour certaines productions, comme la viande bovine. La part de la matière première agricole sera « sanctuarisée », et ne pourra pas être négociée par les distributeurs..

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