Aller au contenu

Pour un autre modèle social du handicap

Il est force est de constater que depuis plus de 20 ans la situation des personnes handicapées ne s’améliore pas en France, voire se dégrade en dépit des beaux discours des gouvernements successifs. À l’inverse, dans d’autres pays développés, notamment les pays scandinaves (ex. Norvège, Finlande), anglo-saxons (ex. USA, Australie), asiatiques (ex. Japon, Singapour) et latins (ex. Espagne, Italie), la situation progresse en termes de pleine participation et de citoyenneté basée sur la non-discrimination de cette population.

Un décalage saisissant est à relever entre la France et nombre de pays équivalents en termes de PIB. À l’heure où les associations, les candidats aux élections et les médias parlent d’inclusion à l’envi sans même se poser la question du sens de ce concept au regard des pratiques internationales, les manquements sont légion au pays des droits de l’Homme dans tous les aspects de la vie : scolarisation des élèves handicapés, accès à une formation professionnelle de qualité débouchant sur un emploi, discriminations multiples (sociale, professionnelle, économique), accès au logement, aux soins, accessibilité au sens large (du cadre bâti, aux installations sportives, à la société de l’information, à la culture, …).

Ce n’est pas une fatalité, notre pays peut s’en sortir par l’adoption de politiques publiques mettant au centre des préoccupations la personne, laquelle dans nombre de pays est considérée comme un expert de son handicap. L’objectif de pays très en avance sur la France est de garantir l’égalité des droits et des chances pour :

  • qu’un enfant vivant avec un handicap dit lourd (ex. polyhandicap, autisme) puisse être scolarisé à l’école du quartier et vivre au cœur de la cité dans sa famille ;
  • qu’un adulte handicapé ait les moyens de pouvoir vivre en toute autonomie avec ses proches dans un logement conçu à cet effet, qu’il soit valorisé en tant que personne avec ses qualités et ses défauts, et non dévalorisé en tant qu’” handicapé ” objet de soins ;
  • que les villes aient de vraies politiques d’accessibilité pour Tous, etc.

Toujours au stade des constats face à des situations de réelle détresse, sans agir !!!

L’inclusion se mesure aux progrès réalisés dans la vie quotidienne des personnes handicapées en matière de qualité de vie.

Les élus parlent d’handicap, mais rarement des personnes handicapées, comme si c’étaient des sous-citoyens. Et on en reste au stade des constats sans agir face à des situations de réelle détresse sur le plan humain (ex. l’accès aux soins). Rien ne bouge, et la communication reprend inexorablement le dessus pour masquer bon nombre de discriminations. Il n’existe pas véritablement de politiques publiques inclusives pour transformer de bonnes intentions en réalités concrètes dans le quotidien de cette population.

Les candidats aux élections présidentielles sont dans l’incapacité d’apporter une vision sociétale à 5-10 ans pour changer le quotidien de millions de « citoyens ». Ainsi, ils refusent tous de parler ouvertement de discrimination, et de lutter concrètement contre de telles inégalités de traitement.

Des politiques disent qu’il existe le Défenseur des Droits si les personnes handicapées se sentent victimes de discriminations, mais ne comprennent pas que cette autorité administrative n’a aucun pouvoir de sanction. À chaque rentrée scolaire, quelle réponse apporter à des parents qui, impuissants, observent que leur enfant ne sera pas scolarisé, ou une demi-journée par semaine pour gonfler les statistiques du ministère de l’Éducation nationale ? En d’autres termes, nous avons les plus belles lois du monde, mais elles ne sont pas appliquées.

Le paradoxe à la française qui prône l’inclusion tout en continuant de développer le modèle des associations gestionnaires en termes de créations de places, comment l’expliquer ?

L’inclusion n’a jamais été une priorité en France. Les écoles spéciales sont souvent citées comme une orientation administrative répondant aux besoins de l’éventail d’élèves avec un handicap dit lourd.

En France, l’éducation des personnes handicapées est une compétence du ministère de la Santé en fonction de la lourdeur supposée d’un handicap.

Deux systèmes scolaires coexistent : d’un côté, un système dit ordinaire sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, qui ne ressent pas la nécessité (et qui n’est pas incité) de s’adapter aux besoins de tous les enfants ; de l’autre, un système d’éducation spéciale, financé par le ministère de la Santé, qui accueille les enfants exclus du système dit ordinaire, du moins ceux qui ne sont plus sur liste d’attente.

Fonctionnant en dehors du droit commun, ce deuxième système tente de remédier aux défaillances du système éducatif, par le biais de ressources additionnelles considérables, en des lieux séparés, la plupart du temps loin des centres villes.

Au pays des droits de l’Homme, ces enfants sont orientés dans des unités d’enseignement au sein d’établissements médico-sociaux ou sanitaires, gérés par des associations financées par les Agences Régionales de Santé, sous forme de prix de journée à la place. Les pays de l’OCDE ne nous envient pas ce modèle médicalisé de la scolarisation, unique au monde par son importance et les résultats consternants qu’elle produit sur le plan éducatif.

L’Éducation nationale est en grande partie responsable de l’insuffisance des acquis des élèves handicapés, insuffisance que l’on attribue à la ” déficience ”qui part du principe que les difficultés sont liées à l’élève.

L’inclusion implique à l’inverse de n’exclure personne au départ ; elle suppose également la fusion entre l’éducation spéciale et l’enseignement ordinaire. Les écoles inclusives n’essaient pas d’aider les élèves en difficulté en particulier ; elles tentent plutôt de tenir compte des besoins de tous les élèves et d’adapter l’enseignement en conséquence. Cela exige notamment de cesser de chercher des explications à l’échec scolaire selon un handicap donné (ex. polyhandicap), et d’analyser les obstacles à la participation et à l’apprentissage de certains élèves dans le système éducatif.

Les débats stériles n’en finissent plus sur les risques liés à l’inclusion de tous les élèves dans notre pays, alors qu’au regard de bonnes pratiques à l’étranger (ex. USA, Italie), rien ne justifie pour les Nations Unies le maintien de structures séparées pour les enfants handicapés au sein du système éducatif. La pratique de l’inclusion scolaire n’apporte que des avantages à tous les élèves, handicapés ou non.

Voici la vision des candidats à l’élection présidentielle, les personnes handicapées sont encore assimilées à des « malades », à des « patients ». Dès lors, pourquoi investir dans la scolarisation de centaines de milliers d’élèves dits différents de la norme ?

Propositions de principes-clés pour réussir l’école inclusive

Il s’agit avant tout d’une question de volonté politique.

  • Assigner à l’école une véritable mission d’inclusion dans le respect des droits fondamentaux de l’enfant.
  • Garantir une éducation obligatoire de qualité de tous les enfants.
  • Faire évoluer l’enseignement spécialisé vers des centres ressources pluridisciplinaires adaptés aux besoins de chaque élève et en appui des enseignants.
  • Affecter à l’école les moyens nécessaires à une inclusion de qualité pour l’ensemble des élèves handicapés et sans handicap.
  • Réorganiser la classe pour améliorer les conditions de travail des enseignants (classes surchargées) en cas de présence d’un élève handicapé.
  • Mettre en place la formation initiale et continue des enseignants et de tous les acteurs de l’inclusion à la conception universelle de l’apprentissage.
  • Évaluer la politique d’inclusion scolaire par des indicateurs de performance.

Nous candidat, nous nous engageons pour que l’inclusion soit un choix de société, notre système scolaire doit être prêt à accepter la diversité des élèves qui compose notre pays.

Face à un système éducatif créé pour l’exclusion (pour la sélection), l’idée d’inclusion est une chance car elle permet d’affirmer qu’il n’est pas possible de résoudre l’exclusion avec des stratégies partielles, comme celles qui ont été essayées dans le passé.

L’éducation de masse (le quantitatif) n’a pas trouvé de réponse satisfaisante : des changements qualitatifs s’imposent pour le bien commun.

Témoignage d’un éducateur spécialisé sourd

Je suis pour l’inclusion mais attention à ne pas mélanger avec inclusion scolaire !

Par exemple, dans des ULIS (unité locale inclusion scolaire), les Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS) avec la langue des signes ne suffisent guère pour accompagner les élèves sourds dans une classe ordinaire !

Complètement délirant !

Ce qu’ils ont besoin, c’est d’une pédagogie adaptée et directe par les enseignants compétents à la surdité (et non, par les enseignants qui se sont renseigné sur la surdité par internet ou peu formés) tant que leur handicap est à la fois invisible et linguistique !

Les adaptations pédagogiques, c’est tout le temps et tous les jours. Je ne suis pas sûr que ces enseignants soient prêts à gérer avec les 30 élèves en plus !

D’ailleurs, les enfants sourds, par leur acuité visuelle développée, sont sensibles, ils émettent facilement beaucoup d’hypothèses qui peuvent les déstabiliser, ils peuvent facilement adopter un comportement de faux-semblants pour montrer qu’ils ont tout compris. Les élèves sourds ont besoin d’un cadre étroit et rassurant !

Pour revenir à la définition de l’inclusion, c’est pour moi une image dans la société, c’est à dire l’environnement qui entoure les personnes handicapées !

L’inclusion des élèves sourds dans une classe ordinaire, ça fait faux cul, pardonnez-moi ce terme !

L’inclusion des classes « spécialisées » dites des Unités d’enseignement (UE) avec des activités ouvertes (arts plastiques, sports, cantine, sorties éducatives, séjour de découverte, etc …) avec les élèves entendant dans une école ordinaire est une très bonne idée mais madame Sophie Cluzel, monsieur JM Blanquer, les inspecteurs-rices d’académie et Docteur sont complètement obnubilés qui par l’image complètement idéalisée de l’inclusion comme de belles missions humanitaires auprès des orphelins affamés et abandonnés avec des intervenants prêts à tout ! Leur politique est complètement réfractaire d’humanité et ouverture ! Hélas … mais la triste réalité !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.