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Le business de  «l’or gris»

Des personnes âgées alimentées avec des croquettes pour animaux, d’autres brutalisées, insultées, enfermées, ces exemples nourrissent régulièrement les rubriques des faits divers. Une maltraitance plus insidieuse, plus difficile à traduire en justice tue beaucoup plus : la maltraitance institutionnelle. Délaissement, absence de soins, erreurs médicamenteuses, sous-alimentation, déshydratation, chutes à répétition, abrutissement chimique entraînent des morts prématurées autorisées par une logique industrielle implacable : un encadrement minimum pour un rendement maximum. Les affairistes sont à l’œuvre dans un secteur sans contrôle pour rafler un joli magot : un gisement d’or gris qui marge à 25 %. Certains y ont bâti des fortunes figurant dans le top 100 en France : on les appelle les roitelets de l’or gris. Cette enquête journalistique nous emmène dans les recoins les plus indignes de notre pays, ces mouroirs à l’apparence si honorable, parfois hors de prix pour les familles, éclairée par le témoignage bouleversant d’une aide-soignante qui a décidé de briser la loi du silence. En 2050, un Français sur trois aura plus de 60 ans, contre un sur cinq en 2005 ! Un million et demi de personnes se trouvent en perte d’autonomie, avec un contingent de 80 000 personnes âgées dépendantes de plus chaque année. Un tsunami-Alzheimer nous attend : il est plus que temps de réagir. Des solutions existent.

Orpea, ou les dérives du business de «l'or gris»

Le rapport administratif rendu public fait état de dysfonctionnements graves dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes et de fonds publics dévoyés. La CGT dénonce depuis des années des conditions de travail indignes.
«On gratte et on gratte tous les jours.»
Ce témoignage d’un cadre donne le ton du rapport glaçant sur la gestion des Ehpad du groupe Orpea réalisé par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale des finances (IGF).
Rapport financement rendu public par le gouvernement Castex qui s’était d’abord retranché derrière le secret des affaires. Dans la foulée des révélations faites par le journaliste indépendant Victor Castanet, à travers son livre «Les Fossoyeurs». Cet ouvrage, aux éditions Fayard, fait état de « dysfonctionnements » généralisés au sein des Ehpad (Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) français du groupe, accusé d’avoir mis en place «un système qui maltraite nos aînés». L’entreprise, qui s’affiche comme «un leader mondial» du secteur de la dépendance, a démenti en bloc et déploré une «volonté manifeste de nuire». La mission menée par l’Igas et l’IGF met au jour une utilisation dévoyée des fonds publics, «une pression forte tendant à l’optimisation de la masse salariale», avec comme conséquence un «accompagnement de la dépendance altéré par le manque de temps des personnels». Le plus gros gestionnaire de maisons de retraite présentait en 2019 des taux d’encadrement moyens inférieurs au reste du secteur privé. Pour faire du grand âge une pompe à fric, la mission relève que «la consigne est souvent donnée aux directeurs d’exploitation de ne pas effectuer la totalité des remplacements».

Une pompe à fric

A la tête de 65 500 collaborateurs dans 23 pays, le groupe Orpea revendique 372 établissements en France, dont une grande majorité de maisons de retraite. Certaines sont de «haut standing», comme la résidence Les Bords de Seine, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). C’est dans cet établissement qu’est morte l’écrivaine et comédienne Françoise Dorin, en 2018, des suites d’une escarre mal soignée. «La vérité, c’est que cet établissement à plus de 7 000 euros le mois n’est pas un organisme de santé, mais une entreprise à but lucratif», déplore un petit-fils de la romancière, compagne du comédien Jean Piat.
Fruit de trois ans d’enquête et de 250 entretiens, ce journaliste décrit un système où les soins d’hygiène, la prise en charge médicale et les repas des résidents sont parfois «rationnés», du fait d’une «politique de réduction des coûts» visant à améliorer la rentabilité du groupe. Une ancienne auxiliaire de vie raconte à quel point elle devait «se battre pour obtenir des protections» pour les résidents, qui vivaient dans une «odeur de pisse».

DENIERS PUBLICS DÉTOURNÉS

En outre, 11 % des Ehpad d’Orpea sont sur occupés. Ces tensions sur les effectifs nuisent à la prise en charge des personnes dépendantes, avec des toilettes rapides, des levers tardifs, une aide-soignante en charge de six couchers en trente minutes … sur tout: «Les grammages des aliments sont systématiquement insuffisants.» Les directeurs sont incités à participer à cette course folle via des primes (de 500 à 16000 euros en 2021) indexées sur la masse salariale et l’accomplissement des objectifs budgétaires. Orpea, qui a perçu en 2020 plus de 360 millions d’euros de financements publics, en fait mauvais usage. Le groupe «a imputé sur ses forfaits soins et dépendance 50,2 millions d’euros de dépenses sur 2017-2020 qui n’avaient pas vocation à l’être […]. Une utilisation conforme aurait conduit les résidents à bénéficier du travail de deux aides-soignantes par établissement et par an. »

MAIS QUE FAIT LE GOUVERNEMENT ?

Les maisons de retraite, même privées, bénéficient d’importants financements de la part de l’Etat et des conseils départementaux, au moins de manière indirecte, une partie de cet argent public ne va pas au bénéfice des personnes âgées. L’Etat doit revoir ce système et les modalités de contrôle de tels mastodontes.
«Les Fossoyeurs» révèlent aussi des liens entre Orpea et Xavier Bertrand, ministre de la Santé de Jacques Chirac de 2005 à 2007 et de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Le journaliste rapporte un échange avec un ancien directeur médical du groupe : «Vous comprenez maintenant, Victor, pourquoi on se sentait tout-puissant, chez Orpea ? On avait le ministre de la Santé de l’époque dans notre poche.» Interrogé, Xavier Bertrand affirme qu’il n’était «pas question d’aider qui que ce soit».
Le scandale illustre les dérives du business de «l’or gris». «Le contact avec le Cictar (Centre pour la responsabilité et la recherche en fiscalité internationale des entreprises, NDLR) a permis d’explorer les flux financiers du groupe Orpea, à travers des sociétés basées au Luxembourg, entre autres, explique un représentant de la CGT Santé, et un dépôt de plainte au pénal pour discrimination syndicale a été établi.» La CGT, qui dénonce depuis des lustres des conditions de travail impossibles chez Orpea, Korian, Domusvi, Bridge …
Il faut absolument sortir les Ehpad du secteur marchand, créer des postes (au moins 200000), et revaloriser les salaires.
Pour l’heure, Orpea et Korian envisagent de devenir «entreprise à mission » pour redorer leur blason car son titre s’effondre à la Bourse. De son côté, le gouvernement Castex, timide sur la question, exige des explications, a dû saisir le procureur pour des irrégularités financières et n’exclut pas de demander la restitution des fonds publics utilisés à tort.

IL NE SUFFIT PAS DE LES DEMANDER, IL FAUT LES EXIGER !!!

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